Sélection Mensuelle #2 1/2

Voici donc la deuxième sélection consacrée aux sorties de 2016. L’existence s’étant imposé à moi avec force ces dernières semaines, c’est donc avec un retard conséquent que je vous présente ce focus, abordant ce qui m’a le plus marqué durant les mois précédents. Comme toujours la sélection est personnelle, et il n’y a aucun ordre particulier. J’essaye simplement de répartir les albums de façons équilibrée. Il est ici question des albums sortis durant le mois d’avril, ce qui en dit long sur le retard accumulé. Mais la musique à la chance d’être intemporelle.



1. Zhrine – Unotherta

a4087147917_10Unotherta c’est Gorguts qui rencontre le Black atmosphérique. Toutefois, le résultat ne ressemble en rien à Krallice. Du black atmosphérique, on retrouve le même usage de mélodies accrocheuses et de longues ascendances.
Le disque propose une écriture fluide qui marie presque avec douceur le Black et le Death, dans une osmose qui ressemble à une longue étreinte. Sous les dehors d’un Black atmo tout en langueurs et longues plaintes, se cache une écriture subtile jouant avec les dissonances et de très belles interludes à l’aide de cordes frottées.

L’ensemble est porté par un growl profond, indéniablement Death, d’une grande pureté. Cette voix est aussi profonde que feutrée, tout en violence contenue et maîtrisée. La musique se reflète admirablement dans la pochette, porteuse de ce paysage d’une étrangeté brutale dressant des abîmes suspendus, d’où dévalent des cascades d’eaux pures et jaillissantes.
Le disque ne dévoile ses attraits qu’après de nombreuses écoutes, la technique, la finesse y sont indéniablement présentes, mais elles ne se révèlent pas immédiatement. Les complexités du riffing, des agencements sont soigneusement dissimulés derrière ce Black Atmosphérique de haute volée.

Zhrine laboure à son tour le sillon tracé par Abyssal l’année précédente et même si les deux disques ne se ressemblent pas, on y retrouve cette capacité à produire une musique majoritairement à ambiance, que ce soit le souffle sombre d’Abyssal, où la pesanteur presque rituelle de Zhrine, mais au travers de compositions riches et complexes.


2. Baise ma Hache – Bréviaire du Chaos

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Haineux, hargneux, pessimiste, radical, sale, vindicatif, BMH est tout ceci. Vous pouvez retrouver un texte plus ample sur ce disque ici

Le groupe a étonnamment partagé mes écrits, cela a donné lieu à quelques échanges, toujours respectueux et constructifs. Je remercie ici l’ensemble des intervenants.

 

 



3. Geryon – The Wound and the Bow

Geryon-WoundhrLe Death et l’abstraction qu’il permet ont toujours accouché de chefs d’oeuvre aussi énigmatiques que viscéraux. On ne peut que penser à mes chouchous de Gorguts (encore eux) qui sont clairement l’influence manifeste et écrasante de ce disque.

Ici, il n’y a qu’une basse et une batterie. La basse a un son très intéressant, personnel et façonné à l’extrême, tantôt épais et écrasant, tantôt presque cristallin pour mieux se muer avec agilité. Le terme qui vient immédiatement est « texturé ».
Ce duo marche particulièrement bien, les variations sonores créant une palette suffisamment large pour ne pas sombrer dans la répétitivité. Et puis bon, c’est tout de même McMaster derrière. La batterie est tout aussi technique, avec un jeu très jazzy, tout en subtilité.

La musique du groupe n’est absolument pas linéaire, mais au contraire très narrative, passant d’un motif à l’autre, au gré de longues pérégrinations instrumentales. Les interventions vocales (là encore de McMaster) sont rares, mais quand elles adviennent, c’est pour cette vocifération puissante, expressive et rageuse que toute la galaxie qui gravite autour de Gorguts utilise. Cela donne une coloration toute particulière à une musique qui autrement se fait très hermétique, baignant dans une monochromie d’où émergent pourtant quantité de saillies qui sont autant de variations imprévues.

Le disque offre toutefois, comme points d’ancrages en supplément des vocaux, quelques interludes ambiantes, des nappes, des grésillement ascendants. Mais surtout des claviers bizarrement assez cheap, qui m’ont d’ailleurs laissé mitigé sur le disque (non pas que ce soit mauvais, mais le reproche est que cela sort de cette espèce d’ambiance hallucinée, toute la trame que tisse McMaster et Weinstein, se retrouve brutalement rompue). Toutefois une fois le disque digéré, ces moments clés (les seuls) structurent de façon plus immédiate la musique du groupe.



4. Graves at Sea – The Curse that is

graves-at-sea-the-curse-that-is-albumLe Sludge ces derniers temps est à la mode, c’est indéniable, que ce soit la multiplication des petites formations (pleins de groupes locaux se mettent à en faire), les vieux groupes un peu paumés qui soudainement deviennent attendus, comme dans le cas de ce Graves at Sea, surtout connu pour un split avec Asunder.

Leur sortie se fait sur Relapse, décidément incontournable.
Graves at Sea est ambitieux. The Curse that is c’est huit titres pour une heure et quart de musique, pas moins.
En résulte de longs morceaux qui enchaînent de nombreux riffs, dans une veine très narrative. Le résultat se veut dense avec une batterie qui en fait beaucoup, proposant un jeu varié. Certains n’aiment pas trop ce genre de section rythmique très « ornementale » qui tend à diluer la musique, à l’éparpiller inutilement. Ce n’est pas mon cas. Beaucoup de groupes de Doom (Conan, au hasard) restent magnifiés par un jeu personnel et Graves at Sea ne déroge pas à la règle.

Le groupe s’écarte pas mal des poncifs du genre, qui sont de soit faire un Sludge direct avec des riffs supra-efficaces au centre de la musique (Crowbar basiquement), qui reste simple, dans des formats courts pour préserver l’impact. Soit de faire des gros pavés monolithiques épais, avec un seul riff pendant 15 minutes, à la Cult of Occult, Buried at Sea, Church
Ici les riffs font très Southern Metal (ça sent pas mal le Bayou et le Sud profond) mais avec ce gros son épais et crasseux. Le riffing est constitué de phrases beaucoup plus longue qu’à l’accoutumée, ce qui permet une musique assez riche, surtout comparativement à ce que le genre produit.

Du coup, c’est déstabilisant. Leur Sludge n’est pas forcément rentre dedans, n’impose pas particulièrement d’ambiance morbide, nihiliste et autres, malgré les durées on est à des lumières des pavés charbonneux et haineux de Primitive Man. L’intérêt de Graves at Sea est à rechercher dans sa composition même, ce qui est plutôt rare pour du Sludge, on en conviendra.
S’ajoute à cela un traitement particulièrement fin de l’acoustique et d’un violon fonctionnant ensemble, ce duo utilisé avec subtilité vient sublimer un titre, The Ashes Makes Her Beautiful, qui sonne d’ailleurs plus Post-Metal et plus lent. Autrement, il s’agit essentiellement de clôturer et de faire office d’interlude. Mais cet apport assez singulier dans le genre, donne encore davantage d’ampleur à un disque qui en montre déjà beaucoup.

Le seul défaut de cette galette est peut-être de ne pas assez varier sa recette et de proposer nombre de riffs sonnant assez similaires mais autrement c’est une réussite.



5. Wolvennest – WLVNNST

a4213342278_10Wolvennest est un collectif assez récent qui réunie l’un des meilleurs groupes de Black belge, à savoir: Cult of Erinyes, un groupe de Blues/Heavy et l’individu derrière Mongolito, un projet de noise/drone/acoustique que j’avais pu voir en concert, en octobre 2015. Si la prestation était théâtrale et forte visuellement (masque, long manteau noir, bouteille de vin débouchée sur scène, puis utilisée comme bottleneck), ça ne m’avait pas convaincu plus que ça. Les espèces de longues plaintes soniques manquant de profondeur pour qu’on puisse vraiment s’y immerger.

La pochette  introduit le disque de façon sobre mais captivante avec des choix de couleurs tranchés pour servir une illusion d’optique qui, si on la fixe trop, semble se brouiller et entamer un lent mouvement de rotation, sur fond blanc.

Ici le résultat est assez particulier, le groupe s’assimile vaguement à cette vague du Heavy Psych/Doom à chant féminin, mais pour un résultat tout à fait part, sorte d’incarnation moderne du genre. Très halluciné, répétitif et hypnotique, avec une production étouffée, beaucoup de clavier cramés aux sonorités 70′ qui instaurent cette ambiance psychédélique, lourde, porteuse d’une inquiétude diffuse, soutenu par une basse toute aussi pesante qui sonne inlassablement comme un tocsin. Les influences Black du guitariste de Cult of Erinyes se retrouvent dans cette façon de penser la musique comme très continue et monolithique. Là où une bonne partie du Doom plus traditionnelle, joue beaucoup sur les respirations et le groove.
La voix féminine est en adéquation, chaude, elle psalmodie, comme détachée et surgissant des hauteurs, sorte de mirage auditif mais pourtant tangible.
Tout le travail sonore est excellent. A l’instar des craquements sur le second titre Partir ou les voix radiophoniques noyées dans les nappes ambiantes de Nuit Noires de l’Âme. Morceau de clôture particulièrement inquiétant, entièrement ambient, constitué de boucles fractionnées, de collages électroniques, de temps en temps rythmé par de discrets tintements de cymbales.

Ainsi, si chaque titre pris séparément est d’une grande qualité, l’ensemble sonne quelque peu redondant, notamment dû au fait que la voix est présente sur uniquement deux titres, réduisant les autres à des voyages ascendants sous psychotropes, ce qui est bien, mais manque parfois d’envergure. Toutefois, il continue de se présenter comme assez singulier. WLNNST conserve sa part d’énigme.


6. Eternity’s End – The fire from Within

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Si le Power est en tête de liste des genres de Metal peinant le plus à se réinventer (encore plus que le Thrash et c’est pas peu dire), il arrive parfois que parmi les meilleurs groupes du genre qui continuent de proposer de bonnes sorties (Blind Guardian), les machins clichés auxquels on accroche bizarrement (Lord Fist). Une nouvelle formation surgisse: Eternity’s End.

Nouvelle ? Pas vraiment. Il s’agit surtout du projet solo de Muenzner, cette fois-ci dans une nouvelle configuration puisque doté d’une voix, et donc de schémas de compositions plus classiques que sur ces précédentes réalisations, qui tenait plus de ce genre un peu à part qu’est le « guitar hero ».

Les réalisations solistes de Christian Muenzner étaient déjà d’une qualité rare, même si parfois je ne les trouvais pas assez aventureuses. S’inscrivant simplement dans la lignée des grands solistes du Metal, n’apportant pas grand chose de plus, si ce n’est un toucher extraordinaire de précisions, des solos délicieux à rallonge brodant à n’en plus finir des notes, les empilant à loisir. Le seul bémol et que sur ce genre de musique, j’ai jamais trop compris pourquoi on ne posait pas de voix. Les structures n’étant pas assez hors-normes pour le justifier.
Et surtout, plus que ponctuellement, il y a des riffs qui sonnent très remplissages et qui n’ont vraiment rien d’incroyable (ou alors c’est des riffs pour guitaristes, allez savoir).

Bien que chez Muenzner, cette proportion est moins haute que chez la concurrence, ce qui le mettait assez à part, rien que notamment l’excellente intro à la basse suivie des dissonances sombre au début de « Moutain of Madness », sur le dernier album « Beyond the Wall of Sleep » le distinguait sacrément. (l’album le plus abouti des deux, surtout en termes de production, sachant que c’est auto-produit, c’est indéniablement impressionnant). Après ces réussites, qu’allait-il nous proposer ?

Et bien simplement de passer à la vitesse supérieur, en ne faisant plus un album instrumental, mais juste du gros Power Metal comme on l’aime. Enfin « juste », ça reste techniquement irréprochable et avec un nombre de solos par morceau toujours aussi conséquent, c’est un peu moins démonstratif. La technique est surtout centré autour d’un déballage de plans néoclassiques impressionnants et de solos « Heavy » plus classiques, mais toujours superbement construits, même si plus communs.

Le groupe s’écarte véritablement de ses origines instrumentales, n’hésitant pas à balancer des gros choeurs, mais soutenus derrière par une débauche de doubles impressionnante. Et c’est aussi ce qui fait la force de l’album: la qualité des interprètes lui permet de dynamiter les frontières du genre, et de propose un album de Power au son très moderne (le meilleur son qu’ait pu avoir Muenzner sur ces productions annexes), et souvent beaucoup plus violent, à base de riffs assez saccadés et pas mal agressifs (The Hourglass).
Un mot sur la voix, qui ressemble sévèrement à celle du chanteur de Golden Resurrection. Un groupe de Power chrétien, dégoulinant de bons sentiments, mais très bien mené. On retrouve ce timbre lyrique de façon parfois criante, mais aussi très chaud, issue d’une longue filiation, qui remonte à Dio. Le mec n’est pas totalement un inconnu, puisqu’il déjà participé à un album d’Ayreon, le groupe de Prog. Ian Parry est sûrement d’ailleurs plus technique que le catholique Tommy Johansson.

On a là un excellent album montrant la versatilité manifeste d’un trio qu’on ne présente plus. Avec Grossmann à la batterie (je vous encourage fortement à poser une oreille sur son album solo de 2014, The Radial Covenant, d’une qualité tout simplement hors-norme) et Klausenitzer à la basse (même si ne l’entend pas assez, surtout comparativement à Beyond the Great Wall of Sleep). Un album qui offre bien plus que la moyenne d’un genre à bout de souffle, que ce soit en terme d’intensité que de qualité d’écriture et d’interprétations. Tout en restant délicieusement classique dans ses lignes vocales et le catchy des refrains.


7. Denzel Curry – Imperial

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Cet album est l’objet parfait si vous voulez faire le babtou pseudo-thug qui bouge ridiculement sur des grosses basses.

Plus sérieusement, Denzel Curry ce sont des instrus d’une qualité terrible. Tout, que ce soit dans le choix des sonorités, le travail sur la rythmique, se singularise de suite, avec un mélange extrêmement bien dosé de Trap et de Cloud Rap (par forcément facile par ailleurs de mêler ce qui semble à-priori opposé) mais avec toutefois de des espaces pour pouvoir débiter un vrai flow et pas simplement des poignée de mots éparses (ce que reprochent le plus les détracteurs du Rap actuel). On retrouve même des pratiques assez typés « oldschool » comme le début en forme de conversation de Sick and Tired (on pense immédiatement à Mobb Deep) ou les scratchs de Zenith.

Si l’album déroule pendant 38 minutes des titres qui foncièrement reprennent la même recette et le même dosage d’ingrédients, là où ça devient  excellent c’est que chaque morceau est tout simplement un hit en puissance et parvient à se différencier du précédent. Chacun balançant un refrain imparable. On écoute une fois, on l’a tête pendant des jours et sans pour autant que la forme comme le fond soit simpliste. Les instrus on l’a dit, sont tout simplement énormes, pas mal proposant une progression (simple, mais assez rare dans le genre) sur chaque titre, niveau texture, sonorités, c’est aussi particulièrement bon (le début de Story:No Title, qui proposerait presque des réminiscences d’un Board of Canada, pour donner une idée du type de travail sonore).

Niveau texte, on oscille entre égo-trip mais un égo-trip assez écorché, tutoyant bien souvent la mise à nu. Bien sûr, suis la glorification de son entourage, et un certain engagement politique, assez radical. Cet engagement n’est pas du tout le fond de sa musique, on reste indéniablement dans du divertissement, mais ça transparaît ponctuellement, comme un « Everythings is Politic » balancé de façon soudaine sur le titre « Pure Enough« . Oh et ça parle de drogue aussi, ça tousse, ce qui est toujours bien.
Le parallèle est foireux, mais on se rapproche d’un Lino, dans cette diversité des thèmes abordés, bien loin de focaliser sur un seul d’entre eux et d’en faire une monomanie, à l’inverse on a l’impression que c’est la personnalité entière du rappeur qui se livre sur le disque et ça ne fait qu’en décupler la force.

Quelques featurings, notamment un avec le Ronny J, le producteur (ça permet de réaffirmer la notion de crew, on est pas simplement dans des types qui fournissent des palettes d’instrus) et Joey Badass, avec son flow très classique mais d’une efficacité redoutable.

Mais surtout ça rappe, c’est extraordinairement varié dans le flow, sachant passer d’un débit des plus accélérés, à des refrains beaucoup plus posé et planant, à certains couplets emplit d’une véritable hargne et violence. Cette alliance entre une ultra-modernité dans les instrumentations Ronny J a aussi participé à certains titres de The Underarchievers, dont l’album de 2015, était excellent, d’ailleurs ça se ressemble même si Denzel Curry est plus texturé dans les nappes de claviers et beaucoup plus catchy. De l’autre, on a aussi ce flow qui bien loin de succomber aux modes actuelles, réaffirme un attachement à ce que d’aucun appelle le « vrai » Rap (tant pis pour eux, cela dit). Et l’ensemble permet d’obtenir ce qui s’impose déjà, comme l’album le plus addictif de 2016.

« Why can’t Jesus be a black guy, even Luke Skywalker’s father was on the dark side ». Tout est dit.



8. Deftones – Gore

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Un disque qui présente une facette plus abrasive, moins surproduite, plus intimiste de Deftones. Assez imparfait, toujours plus fragile et au bord de la rupture. Le groupe nous offre un album moyen, mais toujours des plus accrocheurs.

Le texte que j’ai écrit sur cet album est pour le moins personnel, si vous voulez une analyse complète et plus objective, allez plutôt ici.


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